Exploration Textile

L'atelier en mouvement

Exploration Textile

Traces, essais et réflexions

Entre l’artisanat et l’art, ma recherche se tisse dans la lenteur des gestes et la proximité avec la matière. Chaque expérience devient une rencontre : la main, la couleur, le tissu, le temps. Le changement s’accorde avec la permanence.

Je cherche à questionner les frontières entre l’art et l’artisanat, entre la pensée et le faire, entre l’humain et la nature. Il s’agit de réaffirmer la valeur des savoirs manuels, des transmissions orales et des processus lents.

Dans la pratique, à l’atelier, cela prend forme à travers :

  • Plantes & couleurs:
    Cultiver, reconnaître, transformer les plantes pour en extraire la couleur. Racines, feuilles, écorces : chaque partie révèle sa teinte, chaque saison sa palette. Le monde végétal devient partenaire, guide chromatique, source d’expérimentation.

  • Fibres & matière :
    Chaque fibre réagit différemment aux teintures, offrant une infinité de textures et de nuances. Travailler les fibres, c’est écouter ce qu’elles ont à dire avant de les transformer.

  • Noter, garder trace :
    Le carnet accompagne la pratique : recettes, échecs, trouvailles, ajustements. Une mémoire vivante du processus, pas une archive figée.

  • L’atelier comme espace vivant :
    Entre outils hérités, essais en cours et pièces en devenir, l’atelier avance au rythme des saisons, des gestes répétés et des couleurs qui se déposent. C’est un lieu de rencontres : savoir-faire, intuition, matière, mémoire.


Plantes et pigments : Les débuts d’une palette naturelle

Ces images documentent mes premiers essais de teinture végétale sur du coton mordancé au lait de soja. J’ai travaillé avec six plantes tinctoriales — avocat, hibiscus, thym, noix de galles, sapin et garance — pour obtenir une palette de couleurs naturelles. Le mordançage au lait de soja, une alternative écologique aux sels métalliques, fixe les pigments de manière durable tout en préservant la douceur du tissu. Ces essais marquent le début d’une exploration systématique des teintures naturelles, combinant l’observation des résultats, l’ajustement des recettes et la documentation précise de chaque essai.

Ces expérimentations constituent le socle du projet Assemblages, qui invite à observer comment plantes, fibres et couleurs interagissent et se transforment mutuellement.


Teinture & pliage : Le vocabulaire d’Euphémismes

Dans Euphémismes , l’esthétique du projet s’est construite en dialogue direct avec la matière. En travaillant le bois de campêche — colorant végétal historique du Mexique dont les nuances varient du violet profond au noir selon le mordançage — j’ai découvert une palette riche, subtile et parfaitement accordée à l’esprit du projet.

Cette exploration chromatique a pris forme à travers le shibori, technique japonaise qui consiste à plier, nouer ou coudre le tissu pour créer des réserves de couleur. Par des gestes simples mais déterminants, j’ai façonné des croix en bois, serrées sur le textile avant la teinture, afin de restreindre la circulation du pigment et produire des réserves nettes. Le tissu devient alors un espace d’écriture où la teinture s’interrompt, se diffuse ou se concentre selon la pression et la forme imposées par ces pièces de bois.

Dans ce dialogue avec la matière, la technique ne se contente pas d’accompagner le projet : elle en façonne la forme et le sens.

Le vocabulaire textile d’Euphémismes naît ainsi de cette rencontre entre intention artistique et réactions de la matière, où le visible et le retenu se répondent.

Les images ci-dessous témoignent des différentes étapes du processus, des croix en bois aux bains de teinture, jusqu’à l’évolution des motifs sur le textile.


Couleurs et fibres : Expérimentations en cours

Mon travail actuel explore les pigments végétaux sur deux fibres aux caractères à la fois opposés et complémentaires : la soie, d’origine animale, et le lin, fibre végétale.

  • Soie — intense et lumineuse
    Grâce à son éclat naturel, la soie absorbe la couleur avec une intensité presque liquide. Les pigments y déploient des nuances profondes et vibrantes, comme des reflets sur l’eau. C’est une matière qui se prête aux pièces délicates et lumineuses, où chaque couleur semble respirer.

  • Lin — subtil et aérien
    Le lin que j’utilise, cultivé et tissé au Mexique, offre une texture fine, légère, traversée d’une transparence singulière. Il accueille les pigments plus lentement : les couleurs s’y déposent en voile, révélant des teintes pastel, des matières nuancées et parfois des effets inattendus. Une fibre qui demande patience, attention et observation.

Ces explorations montrent comment une même plante tinctoriale peut produire des résultats radicalement différents selon la fibre : éclat contre voile, densité contre légèreté, intensité contre douceur. Ce dialogue quotidien entre matières, pigments et gestes nourrit progressivement Cuerpos de agua, mon nouveau projet en devenir.



Ce carnet de bord est en constante évolution. Certaines pages resteront en suspens, d’autres donneront naissance à de nouveaux projets.

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