Cuerpos de Agua | Corps d'Eau — Fragments

Date 2025-2026
Media Teinture Végétale sur soie biologique non filée et sergé, Photographie, Installation

Errer, capturer la trace de l’eau — suspendre un instant ce qui d’ordinaire demeure invisible.


Il y a dans la soie biologique non filée et sergé une mémoire longue — et ce qu’elle fait : boire la couleur, tenir la lumière, laisser voir à travers elle.

Dans l’atelier, la technique du shibori est mise au service d’une recherche consciente : faire émerger l’image de la mer à la surface du tissu. Ses veinures, ses stries, ses mouvements figés dans la fibre.

Les tissus traversent ensuite la distance entre l’atelier et la mer.

Dans de nombreuses cultures, l’eau est associée aux émotions, au passage, à ce qui ne peut être retenu — le dehors et le dedans, indissociables.

La mer n’est pas seulement une frontière. Elle est aussi le lieu de ce qui déborde.

La Méditerranée est aujourd’hui l’une des frontières les plus meurtrières du monde[1]. Des milliers de personnes originaires du Maghreb et d’Afrique subsaharienne risquent leur vie pour la traverser.

Face au durcissement des lois migratoires en Europe et à la montée de discours qui criminalisent la circulation des personnes, les matières ne sont pas neutres[2]. Le bois de campêche — plante d’Amérique centrale pillée par le commerce colonial — teint ces tissus depuis le début.

Fragments d’un projet en mouvement[3].


Cuerpos de Agua — Fragments a été exposé dans Dérives : Flux et résonances, à La Casa Loquita à Die, France, dans le cadre des JEMA 2026, du 7 au 12 avril 2026.


Photographie : Natalia Zamudio © Avec la complicité de Samu Céspedes Cárdenas et David Bachiller pour les prises de vue.


[1] Sources : SOS Méditerranée et OIM — Missing Migrants Project.

[2] La soie biologique non filée vient du Japon, où la sériciculture a été transmise clandestinement depuis la Chine il y a plus de deux mille ans — par des corps de femmes. Le shibori est une technique japonaise de teinture par réserve. Le bois de campêche est une plante d'Amérique centrale, pillée dès le XVIe siècle par le commerce colonial européen.

[3] Ce projet s'appuie notamment sur la pensée d'Édouard Glissant Poétique de la Relation, Aimé Césaire Cahier d'un retour au pays natal et Patrick Chamoiseau Que peut Littérature quand elle ne peut ? — leurs écrits sur la mer, la traversée, la mémoire coloniale et la Relation.